Ravageurs
Araignées rouges : repérer et combattre les acariens des plantes d’intérieur
Des feuilles qui se couvrent de minuscules points pâles, perdent leur éclat puis tombent, et parfois une toile presque invisible entre les tiges : c’est souvent l’œuvre des acariens tétranyques, plus connus sous le nom d’araignées rouges. Ils adorent l’air chaud et sec de nos intérieurs chauffés, mais se combattent bien quand on les repère tôt.

Des acariens, pas des insectes
Les acariens tétranyques ne sont pas des insectes : ce sont des arachnides, plus proches parents des araignées. Les adultes ont huit pattes, un corps ovale et deux points oculaires rouges près de la tête ; les larves qui sortent de l’œuf n’en ont que six. Ils mesurent à peine un millimètre, si bien qu’une loupe grossissant dix fois est presque indispensable pour les voir nettement.
L’espèce la plus connue est le tétranyque à deux points (Tetranychus urticae). Au printemps et en été, il est jaune verdâtre avec deux taches sombres sur les flancs ; en automne et en hiver, il vire souvent au rouge orangé, d’où le nom d’« araignée rouge ». Ses œufs sont sphériques, d’abord translucides puis crème ou ambrés. Les acariens vivent en colonies, surtout au revers des feuilles, et une seule colonie peut compter des centaines d’individus. Ils tissent une soie fine qui permet de les distinguer d’autres petits ravageurs comme les pucerons ou les thrips.
Peu de plantes leur échappent complètement. Parmi celles décrites sur Verdepedia, les palmiers comme le palmier de salon, le palmier kentia ou l’aréca, le lierre commun, le philodendron cœur et les figuiers d’intérieur (ficus benjamin, caoutchouc, figuier lyre) sont réputés particulièrement sensibles. Le poinsettia figure aussi parmi leurs hôtes. À l’inverse, les plantes succulentes et les cactus, le pothos, la sansevière, la fleur de porcelaine et les fougères comme la fougère de Boston ont plutôt moins de problèmes, sans être totalement à l’abri.
Pourquoi ils prolifèrent en saison froide
Les acariens tétranyques aiment la chaleur et la sécheresse. Quand le chauffage tourne, l’air d’une maison leur offre exactement ce qu’ils recherchent : c’est pourquoi on les découvre si souvent pendant la saison froide, que l’on vive dans l’hémisphère Nord ou dans l’hémisphère Sud.
Il faut environ cinquante-cinq jours pour boucler un cycle à 10 °C, mais une douzaine de jours seulement à 21 °C, et moins d’une semaine dans les conditions les plus favorables. Quelques acariens passés inaperçus deviennent vite une colonie.
Une plante qui manque d’eau souffre davantage de leurs piqûres, et la poussière qui recouvre les feuilles leur est favorable. Une plante arrosée selon ses besoins et fertilisée supporte mieux leurs dégâts.
Reconnaître les dégâts
On remarque presque toujours les dégâts avant les acariens eux-mêmes. Ils percent les cellules des feuilles pour en aspirer le contenu, ce qui laisse des traces caractéristiques :
- un fin piqueté de petits points clairs, jaune verdâtre, sur le dessus des feuilles, qui donne à la plante un aspect terne et délavé ;
- des feuilles qui jaunissent, rougissent ou prennent une teinte bronzée, puis virent au beige ou au brun ;
- des feuilles qui sèchent et tombent lorsque l’attaque se prolonge ;
- une toile très fine au revers des feuilles, entre les feuilles et les tiges, qui peut finir par envelopper feuilles et rameaux dans les cas graves ;
- de petites mues blanchâtres, des coquilles d’œufs et de minuscules points noirs (leurs déjections) au revers des feuilles.
Laissée sans soins, une plante fortement atteinte s’affaiblit nettement et peut mourir.
Gardez toutefois en tête qu’un jaunissement ou une chute de feuilles peuvent avoir bien d’autres causes : arrosage inadapté, lumière insuffisante, racines abîmées, changement d’emplacement… Le piqueté lui-même n’est pas une preuve suffisante. Avant tout traitement, confirmez la présence des acariens ; à l’inverse, une plante dont les acariens sont partis se remet souvent d’elle-même.
Le test de la feuille blanche
Le moyen le plus simple de confirmer un soupçon :
- Posez une feuille de papier blanc sous un rameau suspect.
- Tapotez ou secouez doucement les feuilles au-dessus du papier.
- Observez quelques instants : si de minuscules points se mettent à bouger, ou si vous voyez des points orangés, ce sont très probablement des acariens.
- Examinez ensuite le revers des feuilles à la loupe, en suivant les nervures, à la recherche d’acariens, d’œufs et de toile.
Faites ce contrôle régulièrement, par exemple au moment de l’arrosage, en vous attardant sur les feuilles qui se décolorent.
Les premiers gestes : isoler et laver
Dès que vous confirmez leur présence :
- Isolez la plante des autres. Si possible, placez-la dans une pièce plus fraîche le temps du traitement, puisque les acariens apprécient la chaleur et la sécheresse.
- Lavez-vous les mains et nettoyez vos outils après l’avoir manipulée : les acariens se transportent facilement sur les mains, les vêtements ou l’arrosoir.
- Douchez la plante : un jet d’eau soutenu, dirigé surtout vers le revers des feuilles, délogera les acariens et déchirera leurs toiles. Passez les petites plantes sous le robinet de l’évier et les grandes sous la douche ; ce geste ne convient qu’aux plantes assez robustes pour le supporter.
- Essuyez les feuilles avec un essuie-tout humide, en le changeant souvent pour ne pas répandre les acariens d’une feuille à l’autre.
- Répétez : un seul lavage ne suffit pas. Des douches régulières, rapprochées tant que l’infestation persiste, viennent souvent à bout d’une population légère.
Maintenir une humidité de l’air plus élevée autour des plantes réduit le risque d’attaque, mais ne suffit pas à elle seule à se débarrasser des acariens.
Savons et huiles : bien les utiliser
Si les lavages ne suffisent pas, le savon insecticide et les huiles horticoles sont des solutions sélectives, généralement utilisables à l’intérieur. Ils n’agissent que par contact : ils ne tuent que les acariens qu’ils touchent et n’ont plus d’effet une fois secs. Quelques précautions s’imposent :
- Choisissez un produit vendu comme insecticide et vérifiez que votre plante figure sur l’étiquette ; n’utilisez pas de mélange maison à base de savon, qui peut brûler les feuilles.
- Arrosez la plante un jour ou deux avant : on ne traite jamais une plante assoiffée.
- Testez sur une petite partie de la plante et attendez au moins deux jours avant de traiter le reste. Certaines plantes sont sensibles au savon insecticide, notamment le lierre et certains palmiers.
- Mouillez soigneusement le revers des feuilles, là où vivent les colonies.
- Traitez dehors quand c’est possible, à l’ombre et par temps doux, jamais en plein soleil, puis rentrez la plante une fois le feuillage parfaitement sec.
- Renouvelez l’application : il faut souvent traiter une fois par semaine pendant plusieurs semaines.
Il existe aussi des acaricides destinés aux plantes d’intérieur ; quel que soit le produit, suivez scrupuleusement le mode d’emploi de l’étiquette. Évitez en revanche les insecticides à large spectre : ils détruisent les prédateurs naturels des acariens et peuvent au contraire déclencher une pullulation en quelques jours.
Les acariens prédateurs
Dans une serre, une véranda ou une grande collection, on peut faire appel à la lutte biologique. Un acarien prédateur, Phytoseiulus persimilis, est le plus utilisé : il dévore les tétranyques à tous les stades. Un autre, Amblyseius californicus, est moins efficace face à une forte infestation mais peut servir en prévention. Ces auxiliaires ont besoin de proies pour se maintenir : sans acariens à manger, ils meurent de faim ou s’en vont.
Bonsaïs : surveiller de près
Les bonsaïs ne sont pas épargnés. Sur leur petit feuillage, les acariens provoquent un fin piqueté et une couleur terne, puis la chute des feuilles ; une toile apparaît entre les rameaux quand l’attaque est avancée. Les genévriers, comme le genévrier de Chine en bonsaï ou le genévrier du Japon en bonsaï, y sont sujets. Un feuillage trop dense favorise l’installation des ravageurs : quand un arbre est attaqué, cherchez aussi pourquoi il y était exposé.
Inspectez le dessus et le dessous des feuilles, les rameaux et les jeunes pousses toutes les quelques semaines pendant la saison de croissance, rincez délicatement le feuillage, assurez une bonne circulation d’air et évitez de serrer les arbres les uns contre les autres, ce qui facilite la propagation.
Quand se séparer de la plante
Les acariens sont difficiles à éradiquer et se propagent facilement. Pour une petite plante très envahie et très abîmée, s’en séparer est souvent plus simple et plus sûr que de tenter de la sauver : cela protège surtout le reste de la collection.
Prévenir leur retour
- Inspectez toute plante avant de l’acheter, revers des feuilles compris.
- Isolez les nouvelles venues une à deux semaines, le temps qu’un éventuel problème se manifeste.
- Rincez régulièrement vos plantes pendant la saison froide, et lavez le feuillage des plantes à feuilles lisses toutes les deux à trois semaines pour décourager les acariens.
- Arrosez selon les besoins réels de chaque plante, comme expliqué dans Arroser en observant plutôt qu’au calendrier : une plante stressée par le manque d’eau est plus vulnérable.
- Faites le ménage : les femelles passent l’hiver dans les recoins, tuteurs, débris végétaux et fissures. Retirez les feuilles mortes et les débris, et nettoyez les tuteurs.
D’autres ravageurs peuvent aussi s’inviter : voyez Cochenilles et Moucherons des terreaux.
En résumé
| Situation | Que faire | À savoir |
|---|---|---|
| Feuilles piquetées, ternes | Test de la feuille blanche, loupe au revers | Un jaunissement a bien d’autres causes possibles |
| Acariens confirmés, peu nombreux | Isoler, doucher le revers des feuilles, répéter | Se laver les mains et nettoyer les outils |
| Infestation qui persiste | Savon insecticide ou huile horticole, chaque semaine | Tester d’abord, arroser la veille, bien mouiller le revers |
| Serre ou grande collection | Acariens prédateurs | Éviter les insecticides à large spectre |
| Petite plante très envahie | S’en séparer | Protège les autres plantes |
| Saison de chauffage | Rincer régulièrement, surveiller | L’air chaud et sec les favorise |
Sources
- Spider Mites (Pest Notes, Publication 7405) — UC Statewide IPM Program, University of California Agriculture and Natural Resources (consulté le 26 octobre 2026)
- Glasshouse red spider mite — Royal Horticultural Society (consulté le 26 octobre 2026)
- Managing insects on indoor plants — University of Minnesota Extension (consulté le 26 octobre 2026)
- Houseplant pests — University of Minnesota Extension (consulté le 26 octobre 2026)
- Common Houseplant Insects & Related Pests — Clemson Cooperative Extension, Home & Garden Information Center (consulté le 26 octobre 2026)
- How do I control spider mites on houseplants? — Iowa State University Extension and Outreach, Yard and Garden (consulté le 26 octobre 2026)
- Pest Alert – Spider Mites on Houseplants — N.C. Cooperative Extension, Henderson County Center (NC State University) (consulté le 26 octobre 2026)
- Bonsai pests and diseases — Bonsai Empire (consulté le 26 octobre 2026)
- Juniper Bonsai care guide — Bonsai Empire (consulté le 26 octobre 2026)
Espèces concernées
- Palmier de salonChamaedorea elegans
- Palmier kentiaHowea forsteriana
- ArécaChrysalidocarpus lutescens
- Lierre communHedera helix
- Philodendron grimpantPhilodendron hederaceum
- Ficus benjaminFicus benjamina
- CaoutchoucFicus elastica
- Figuier lyreFicus lyrata
- PoinsettiaEuphorbia pulcherrima
- Genévrier de ChineJuniperus chinensis
- Genévrier rampant du JaponJuniperus procumbens