Multiplication

Bouturer ses plantes d’intérieur : tiges, feuilles, division et marcottage

Un bout de tige de pothos dans un verre d’eau, une feuille de violette africaine piquée dans un pot : multiplier ses plantes coûte presque rien et donne des copies fidèles de la plante mère. Encore faut-il choisir la bonne technique, car chaque plante a sa façon de repartir.

Révisé le 19 octobre 2026

Bouture de pothos posée sur un fond blanc : une tige verte portant trois feuilles en cœur, avec une nouvelle racine formée dans l’eau au niveau d’un nœud.
Photo : Ddra5202 — CC BY-SA 4.0

Ce que l’on obtient en bouturant

Bouturer, c’est prélever un morceau de plante (tige, feuille ou racine) et le placer dans des conditions où il peut former de nouvelles racines ou de nouvelles pousses. La jeune plante obtenue est un clone : elle reproduit exactement les caractères de la plante mère, ce que des graines ne garantissent pas.

Toutes les plantes ne se prêtent pas à toutes les méthodes. Certaines n’ont pas les structures nécessaires pour repartir d’une bouture et se multiplient plutôt par division. Une grande plante qui a besoin d’être taillée fait en revanche une excellente candidate.

Le début du printemps est le moment idéal, quand la plante entre en pleine croissance. La plupart des plantes d’intérieur se bouturent toutefois aussi à d’autres saisons. Dans les deux hémisphères, fiez-vous à la reprise de la croissance plutôt qu’au calendrier.

Une méthode pour chaque plante

MéthodePlantes adaptéesCe qui repart
Bouture de tigePothos, philodendron cœur, misère zébrée, lierre, monsteraRacines aux nœuds enterrés
Feuille avec pétioleViolette africaine, peperomia, plante de jade, zamioculcasPetites plantules à la base du pétiole
Fragment de feuilleSansevière, streptocarpus, bégonias rexPousses à la base de chaque fragment
Feuille entière de succulenteEcheveria, plante de jade, orpin de MorganRacines et rosette au point d’attache
DivisionSansevière, zamioculcas, plante araignée, fleur de lune, fougères, aloèsChaque éclat déjà enraciné
Marcottage aérienCaoutchouc, figuier pleureur, dragonnier parfumé, dieffenbachiaRacines sur la tige encore attachée

Choisissez toujours des pousses vigoureuses et saines : un matériel faible, malade ou attaqué par des ravageurs s’enracine mal.

La bouture de tige, pas à pas

  1. Couper une extrémité de tige de 8–15 cm portant au moins deux nœuds, ces renflements d’où partent les feuilles. Utilisez un couteau bien aiguisé : une lame émoussée écrase les tissus et freine l’absorption de l’eau.
  2. Préparer la bouture : retirez les feuilles du bas, ainsi que les fleurs et les fruits. Si les feuilles restantes sont très grandes, raccourcissez-les pour limiter les pertes d’eau.
  3. Hormone de bouturage, en option : elle est le plus souvent inutile pour les plantes d’intérieur. Si vous en utilisez, suivez l’étiquette, versez-en un peu dans un récipient à part plutôt que d’y tremper la bouture directement, et n’en mettez pas trop.
  4. Préparer le support : perlite, sable, vermiculite, sphaigne, tourbe ou un mélange (sable et tourbe, perlite et tourbe). Le terreau seul convient mal ; il s’utilise mélangé. Prenez un contenant propre, percé, d’au moins 5 cm de profondeur, et humidifiez le mélange avant de planter.
  5. Planter : faites un trou avec un crayon ou une baguette, glissez la bouture pour qu’au moins un nœud soit enterré et qu’aucune feuille ne touche le support, puis arrosez et laissez égoutter.
  6. Maintenir l’humidité : sans racines, la bouture ne peut pas compenser l’eau qu’elle perd. Couvrez-la d’un sac transparent ou d’une cloche, tenus à distance des feuilles par des baguettes, sans fermer hermétiquement. Aérez de temps en temps.
  7. Bien placer : quatre à six heures de lumière vive mais indirecte, à l’abri du soleil direct qui ferait surchauffer l’intérieur de la housse. L’idéal est un air entre 18–24 °C ; un tapis chauffant peut porter le support à 24–27 °C.

La plupart des boutures de tige s’enracinent en trois à six semaines. Pour vérifier, tirez très doucement sur la tige : une résistance signale des racines.

Dans l’eau ou dans un substrat ?

Beaucoup de plantes d’intérieur s’enracinent dans un simple bocal d’eau, comme la bouture de pothos en photo. Quelques règles :

  • changez l’eau une à deux fois par semaine ;
  • gardez un niveau suffisant pour que les racines en formation restent immergées ;
  • passez en pot dès que les racines atteignent environ 3 cm : laissée dans l’eau une fois enracinée, la bouture risque de pourrir.

Les racines formées dans l’eau sont plus grossières que celles qui poussent dans un substrat ; la plante peut souffrir un moment après la mise en pot. Les succulentes, elles, s’enracinent mal dans l’eau : bouturez-les directement dans un mélange drainant.

Les boutures de feuille

Elles ne fonctionnent qu’avec des plantes capables de produire de nouveaux bourgeons à partir de la feuille, puisqu’une feuille seule n’a pas de bourgeon à l’aisselle. Prélevez des feuilles jeunes mais adultes, saines et sans dégâts.

  • Feuille avec pétiole (violette africaine, peperomia, zamioculcas, plante de jade) : gardez 3–4 cm de pétiole, ou ce qu’il y a s’il est plus court. Piquez-le à environ 45 degrés dans le support humide et couvrez d’un sac non fermé. Les racines apparaissent en trois à quatre semaines, les plantules en six à huit semaines. Séparez-les au moment de les rempoter.
  • Fragments de sansevière : coupez la feuille en tronçons de 8–10 cm et enterrez-les de 3–5 cm, la partie qui était la plus proche de la base vers le bas. Une petite encoche au sommet de chaque fragment évite les erreurs, car la nouvelle pousse ne se forme qu’à la base. Comptez environ deux mois avant les premières pousses. Attention : une sansevière panachée à bordure jaune perd cette bordure en bouture de feuille ; pour la conserver, divisez la touffe.
  • Streptocarpus : coupez une feuille adulte en deux le long de la nervure centrale, jetez la nervure, puis enfoncez le côté coupé dans une petite tranchée et tassez.
  • Succulentes (echeveria, plante de jade, orpin de Morgan) : détachez la feuille entière, avec le tissu qui la rattachait à la tige ; un morceau de feuille ne s’enracine pas. Laissez cicatriser la coupe un jour ou deux, puis posez la feuille sur un mélange drainant à peine humide, sans la couvrir, dans un endroit chaud et lumineux. Brumisez la surface pour qu’elle reste légèrement humide, jamais détrempée. Racines et rosette se forment en quelques semaines.

Diviser, détacher, marcotter

La division est l’une des méthodes les plus rapides. Dépotez la plante, couchez la motte et démêlez-la à la main ; si elle est trop serrée, tranchez-la au couteau. Chaque éclat doit porter des feuilles, des tiges et des racines saines. Les gros éclats reprennent plus vite, les petits donnent plus de plantes. Replantez-les dans du terreau neuf, souvent dans un pot plus petit que l’original, arrosez pour tasser, puis placez-les en lumière vive et indirecte. Pour le geste du dépotage, voir Rempoter une plante d’intérieur.

Les plantules de la plante araignée se coupent simplement de la plante mère et se mettent en pot.

Le marcottage aérien convient aux plantes à tiges rigides comme le caoutchouc. À 30–45 cm de l’extrémité, retirez les feuilles, puis enlevez un anneau d’écorce d’environ 3 cm de large (chez les dragonniers et dieffenbachias, on fait plutôt une entaille montante sur un tiers de la tige, maintenue ouverte par un cure-dent). Poudrez d’hormone, entourez de sphaigne humide, enveloppez de plastique transparent et ligaturez les deux extrémités. Quand des racines bien développées sont visibles dans la sphaigne, coupez sous le manchon et rempotez. Comptez plusieurs semaines, parfois plusieurs mois.

Le marcottage simple convient aux tiges longues et souples (pothos, lierre, philodendron cœur) : couchez une tige dans un pot voisin, enterrez au moins un nœud, maintenez-la avec une épingle et coupez-la de la plante mère une fois bien enracinée, en général après six à douze semaines.

Après l’enracinement

Quand les racines mesurent environ 3 cm, installez la jeune plante dans un terreau ordinaire, dans un pot à sa taille. Gardez-la en lumière vive et indirecte et bien arrosée, en vérifiant l’état du terreau plutôt qu’en suivant un rythme fixe : voir Arroser en observant. Elle s’installe en quelques semaines ; vous pourrez alors la placer à son emplacement définitif et commencer à la nourrir, comme expliqué dans Fertiliser ses plantes d’intérieur.

Erreurs fréquentes et signes à surveiller

Une bouture qui ne reprend pas peut avoir plusieurs causes ; examinez l’ensemble des conditions avant de conclure.

  • Base noire et molle : le support est trop humide. Arrosez avec modération, aérez la housse environ deux fois par semaine et retirez sans attendre les feuilles qui pourrissent, pour limiter la pourriture grise.
  • Rien ne se passe : à basse température, l’enracinement ralentit nettement. Rapprochez-vous de 20 °C.
  • Pousses pâles et étirées : la lumière manque. Rapprochez la bouture d’une fenêtre claire, sans soleil direct ; voir Évaluer la lumière chez soi.
  • Bouture qui flétrit sous sa housse : la housse est peut-être en plein soleil, où elle surchauffe, ou fermée hermétiquement.
  • Succulente qui pourrit : coupe pas assez cicatrisée ou support trop mouillé.
  • Petits insectes : surveillez pucerons, aleurodes et cochenilles.

Et les bonsaïs ?

Le bouturage est aussi une technique classique pour obtenir de futurs bonsaïs à petit prix. Il fait gagner environ un an par rapport au semis. La plupart des arbres, surtout les feuillus et certains conifères, se bouturent facilement, au printemps et en été.

Choisissez des rameaux de 5–10 cm de long et de 0–1 cm d’épaisseur : les boutures plus grosses s’enracinent moins bien, et le marcottage aérien leur convient mieux. Coupez en biseau à environ 45 degrés avec un sécateur bien affûté. Garnissez le fond du pot d’une couche drainante (pouzzolane ou gravillon), ajoutez du substrat pour bonsaï, enfoncez chaque bouture d’environ 2 cm, arrosez abondamment et gardez le substrat légèrement humide. Les premières pousses apparaissent en quelques semaines, mais il faut plusieurs années avant de commencer à former l’arbre. Pour la suite, reportez-vous aux guides de chaque espèce, par exemple celui du ficus microcarpa.

Sources

Espèces concernées

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